C’est janvier et, comme chaque début d’année, arrivent les bonnes résolutions. Dans bon nombre d’entreprises en France, la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS) en fait partie. Plans d’action, formations, sensibilisation aux gestes et postures, affiches sur les étirements : l’intention est là.
Pourtant, dès le mois de février, les mêmes douleurs au dos, à l’épaule, au poignet ou au bras reviennent. Et les TMS restent la première cause de maladie professionnelle et un enjeu majeur de santé publique.
Alors, pourquoi ces bonnes résolutions échouent-elles ? Et comment prévenir les TMS de manière efficace et durable, sans croire qu’il s’agit simplement de volonté individuelle ?
Découvrez le pouvoir de l’action et faisons ensemble un premier pas vers une nouvelle année sans TMS. D’ailleurs, on vous souhaite tous nos meilleurs vœux ✨
Prévenir les TMS en janvier : des résolutions sans résultat
Le réflexe des bonnes résolutions en entreprise
En janvier, c’est l’occasion pour les employeurs privés, comme les agents de la fonction publique, les responsables RH ou les acteurs de la santé au travail de multiplier les actions de prévention.
Leur objectif : diminuer les risques professionnels, améliorer la qualité de vie et les conditions de travail et protéger la santé physique et mentale des collaborateurs.
En même temps, ils ont raison : leur démarche s’inscrit dans les obligations du Code du travail. Les articles L.4121-1 et 2 soulignent l’importance des principes généraux de prévention, ainsi que des obligations de sécurité et de protection de la santé des employeurs.
On y retrouve dedans : l’information et la formation pour sensibiliser aux gestes et postures, ou encore l’ergonomie du poste de travail. Et de là naissent les recommandations sur la position assise, la hauteur de l’écran, la manutention manuelle ou aussi sur la bonne utilisation du matériel.
Oui, mais ça ne suffit pas.
L’essoufflement rapide des actions
Dans la réalité des situations de travail et des entreprises, l’effet de ces actions ne dure pas dans le temps.
La prévention des TMS en entreprise se confronte à la charge de travail, au manque de temps, à l’organisation et aux contraintes de production. Les salariés connaissent les bonnes pratiques, mais restent en difficulté pour les adopter sur la durée.
La douleur musculo-squelettique revient, sous forme de syndrome du canal carpien, de douleurs musculaires cervicales, de lombalgies, de troubles du membre supérieur ou autre TMS.
D’ailleurs, en parlant de lombalgie, saviez-vous qu’elle est responsable de la principale source d’inaptitude avant 45 ans ? (Source Ameli)
Pourquoi les bonnes résolutions échouent dans la prévention des TMS ?
Différencier l’échec de la volonté individuelle
Les TMS n’arrivent pas suite à un geste isolé qu’on qualifie, à tort, de « mauvais ». Ils ne sont pas non plus causés par une posture ponctuellement prise de manière « incorrecte ».
Les troubles musculo-squelettiques résultent d’un ensemble de facteurs de risque. Il peut d’agir de :
-
gestes répétitifs ;
-
postures prolongées ;
-
charges physiques de travail ;
-
vibrations ;
-
contraintes temporelles ;
-
organisation du travail ;
-
risques psychosociaux ;
-
manque de soutien social.
D’ailleurs, petit rappel : les conditions de travail sont la première cause de TMS (source Ameli).
Demander à une personne salariée de faire attention à sa posture ou de s’étirer ne suffit pas à prévenir l’apparition d’un trouble musculosquelettique. La prévention des TMS est une démarche globale qui dépasse l’individu seul.
Le paradoxe de la résolution individuelle
En parlant de volonté individuelle, le problème des résolutions tient au fait qu’un salarié va parfois prendre des bonnes résolutions à titre individuel. « J’arrête de stresser cette année », « J’équilibre mieux mon temps pro-perso », «Je m’organise dans mon travail »… Ces injonctions individuelles sont, en réalité, des tentatives d’adaptation à des contraintes externes (le stress au travail, la charge de travail, l’organisation).
La personne tente de prendre une résolution personnelle pour résoudre un problème structurel externe. Vous voyez le décalage ?
Or, pour tenir dans la durée, la personne a besoin de motivation au travail. Et celle-ci, dans la théorie de l’autodétermination, passe par 3 éléments :
-
l’autonomie ou le fait d’agir à partir de ses valeurs et intérêts ;
-
l’affiliation sociale ou le fait de se sentir en appartenance dans un groupe ;
-
le sentiment de compétence ou le fait de se sentir capable.
Tout environnement de travail qui satisfait ces besoins tend vers une croissance optimale, tandis que ceux qui entravent l’un de ces besoins engendrent un mal-être¹. Ainsi, leur satisfaction permet le « maintien de la motivation intrinsèque et (…) l’autorégulation des motivations extrinsèques » (Deci et Ryan, 2000).
La douleur musculosquelettique entrave le changement
Lorsqu’une douleur s’installe, le corps compense. Modification de la position, limitation de l’amplitude articulaire, évitement de certains gestes… ces adaptations sont inconscientes. Parfois, elles augmentent même la charge sur d’autres muscles ou articulations (épaule, dos, poignet, cou). Elles favorisent alors l’apparition de nouveaux troubles 🫣
Ce cercle vicieux ne permet pas à un salarié de maintenir une nouvelle habitude , même s’il connaît la « bonne » posture (qui n’existe pas).
Le problème ici n’a rien à voir avec la motivation. Il se trouve dans la capacité physique réelle à changer.
Les limites de la prévention courante des TMS
Sensibiliser ne suffit pas
Sensibiliser ne change pas les situations de travail. Une « vraie » démarche préventive des TMS en entreprise va plus loin.
Les campagnes de communication, les formations descendantes ou les affiches de prévention ont leur utilité. Elles demeurent toutefois insuffisantes si elles ne sont pas issues d’une réflexion globale prenant en compte les postes de travail, les tâches et l’organisation du travail.
Le travail prescrit, sur la fiche de poste et à travers les objectifs, est parfois éloigné du travail réel. Ce dernier comprend des imprévus, des urgences, des contradictions… Si la prévention est déconnectée de la réalité de terrain, elle sera inefficace.
Exercices et étirements : un bon début
Les exercices d’échauffement, les étirements ou les pauses actives sont des premiers pas simples pour prévenir les TMS. Ils contribuent à réduire les tensions musculaires et améliorer la mobilité, mais là aussi , leur effet est limité si l’environnement de travail demeure.
Sans action préventive globale, la responsabilité repose seulement sur le salarié.
D’ailleurs, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) rappelle ce qui favorise les risques pour la santé mentale :
-
la sous-utilisation des compétences ;
-
la charge de travail et les rythmes excessifs ;
-
le manque de personnel ;
-
les horaires prolongés difficiles ;
-
le manque d’influence sur sa charge de travail ;
-
les conditions de travail ;
-
une culture organisationnelle délétère ;
-
le manque de soutien des collègues ;
-
la violence ;
-
la discrimination et l’exclusion ;
-
des postes mal définis ;
-
les sous-promotions ou surpromotions ;
-
le manque de salaire ou d’investissement dans l’organisation des carrières ;
-
l’incompatibilité entre vie professionnelle et familiale.
On voit bien que ça va au-delà de la lutte contre la sédentarité par le mouvement.
Prévention des TMS et bonnes résolutions : comment agir ?
Des actions ponctuelles à une logique continue
L’erreur est de voir les bonnes résolutions sous le seul axe du résultat. Leur réussite ou échec est perçu de manière binaire avec seulement ces deux issues. Le résultat repose alors sur la volonté individuelle qui, on l’a vu, a ses limites.
La solution est de s’intéresser à l’axe du processus. On vise alors une intention d’action, ce qui donnerait des bonnes résolutions comme « J’ajoute du mouvement dans mon quotidien cette année ». Cette flexibilité d’esprit permet de développer un état d’esprit de croissance, car on va s’intéresser au chemin pour y parvenir.
De là peut s’enclencher une démarche de prévention structurée en mode projet avec :
-
un état des lieux ;
-
une évaluation des risques ;
-
l’analyse des situations de travail ;
-
la mise en place de mesures de prévention adaptées ;
-
la mise à jour du plan d’action.
On sort d’un objectif fixe pour aller vers un processus de changement.
Le rôle du mouvement et de l’ergonomie
L’ergonomie et l’aménagement des postes jouent un rôle central dans toute bonne démarche préventive. On questionne la hauteur du plan de travail, la position de l’écran, l’organisation de la manutention, l’adaptation du matériel aux personnes.
Le mouvement, lui, doit alors s’intégrer au travail réel (pas prescrit !), au poste de travail. Il ne faut plus le voir comme une contrainte supplémentaire à ajouter à sa liste de tâches.
C’est là que les professionnels du mouvement comme les kinésithérapeutes du réseau de La Minute Pep’s vous apportent l’aide qu’il vous faut.
Avec leurs solutions et outils Pep’s, ils conçoivent des solutions efficaces et adaptées à votre secteur d’activité (industrie, secteur sanitaire et social, bureaux, ateliers…).
Conclusion
Les bonnes résolutions échouent parce qu’elles reposent sur la volonté individuelle et non sur la réalité du travail. La prévention des troubles musculosquelettiques ne peut pas se limiter à des conseils, des exercices ou une formation ponctuelle.
Prévenir les TMS, c’est agir sur les causes plus profondes : l’organisation et les conditions de travail, la charge physique, l’aménagement ergonomique et l’intégration du mouvement dans l’activité professionnelle. C’est un projet d’action collective et continue, au service de la santé physique et mentale, de la qualité de vie au travail et de la performance de l’entreprise.
Et si vous preniez des bonnes résolutions pour faire de votre prévention TMS un levier de performance et de croissance pour l’entreprise ?
Et rappelez-vous « Si vous écoutez votre corps lorsqu’il vous chuchote, vous n’aurez plus à l’entendre crier » (proverbe tibétain).
Sources :
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Anne-Hélène GOUALOU
Conceptrice de La Minute PEP'S et de son réseau de kinésithérapeutes, j'ai à cœur de vous partager notre vision de la prévention des Troubles Musculo-Squelettiques.