Fléau des entreprises, les troubles musculosquelettiques (TMS) restent très présents dans le monde du travail. Leurs conséquences affectent les employeurs comme les salariés. 90% des maladies professionnelles en France sont des TMS : l’Assurance Maladie confirme que ces troubles musculo-squelettiques en sont bien la première cause.
Alors, de plus en plus de personnes voient l’utilité d’une action préventive, mais ne savent pas dans quelle mesure agir. La prévention des TMS au travail va plus loin qu’un rappel des bonnes postures ou qu’une présentation d’exercices aux salariés.
Pour réduire les facteurs de risques, l’entreprise doit d’abord comprendre les situations de travail qui exposent ses équipes. Entre les gestes répétitifs, les postures contraignantes et la manutention, la charge physique varie d’une équipe à l’autre. De même, l’organisation du travail et les facteurs psychosociaux qui en découlent influent aussi sur le risque.
La difficulté commence alors : comment passer du constat à une démarche de prévention ? Par où commencer quand les situations à risque se multiplient ? Quelles actions mettre en place et comment mesurer leur effet ?
Une prévention des TMS efficace part du travail réel. Elle associe les salariés et s’appuie sur une analyse des situations avant de choisir les actions à mener. Ergonomie, organisation ou formation, les possibilités d’action sont nombreuses, mais ne répondent pas toutes au même problème. Alors, voyons comment structurer votre démarche, de l’identification des risques à l’évaluation des actions.
1. Comprendre avant d’agir
Avant d’agir, l’enjeu premier de la prévention des TMS est de comprendre d’où vient le risque. Le corps humain risque l’apparition de troubles musculo-squelettiques dès lors qu’il subit un trop plein qui se répète. C’est ce qu’on appelle la sursollicitation des structures de l’organisme.
Les facteurs de risque de TMS sont nombreux
Quand on parle de troubles musculo-squelettiques, on pense d’abord qu’ils sont à l’origine de mauvais gestes. Mais les facteurs de risques sont bien plus nombreux.
Ils résultent de plusieurs facteurs qui se combinent dans une situation de travail :
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contraintes biomécaniques (charge physique, répétition des gestes, postures prolongées) ;
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organisation du travail (intensité de la tâche, durée d’exposition…);
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environnement (bruit, lumière, aménagement des postes…) ;
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facteurs psychosociaux (management, stress, charge de travail).
Ça n’est pas juste la responsabilité du salarié seul qui est en cause, même si les facteurs intrinsèques liés aux individus existent. La santé, l’âge et la condition physique d’une personne entrent en compte, mais se mélangent aussi aux facteurs extrinsèques, c’est-à-dire extérieurs à la personne. Et ils sont très présents dans le monde du travail.
Voilà pourquoi on parle des TMS comme une maladie professionnelle et multifactorielle.
Observer le travail réel
Pour protéger la santé de ses équipes, toute bonne méthode préventive commence par observer le travail réel plutôt que de traquer le mauvais geste.
Par exemple, dans l’environnement de travail, une posture inconfortable n’est pas toujours le problème. Regardez combien de temps elle est tenue, à quelle fréquence elle revient au quotidien, avec quelle intensité et avec quelles possibilités de récupération.
L’analyse d’une situation de travail dans son ensemble est particulièrement importante pour déterminer s’il y a un risque pour l’agent. Ce dernier peut être questionné sur la charge physique perçue pour qu’il puisse partager un éventuel signal d’alerte.
À la fin de l’analyse, cette évaluation de l’environnement de travail va permettre de cibler les priorités.
2. Quelles situations traiter en priorité ?
C’est le cœur du problème. On veut agir, mais on ne sait pas par quoi démarrer. Comment prioriser les situations à risque quand elles se multiplient ? Le conseil qu’on donne à La Minute Pep’s, c’est de dire qu’une situation mérite d’être priorisée quand elle additionne plusieurs facteurs.
Voici ceux qui constituent votre liste de priorités :
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la situation est fréquente ;
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elle concerne plusieurs agents ;
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elle impose aux utilisateurs une grosse charge physique ;
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la tâche comporte des gestes répétés ou des postures contraignantes ;
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les salariés remontent l’information de douleurs ou de difficultés de façon récurrente ;
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les temps de récupération sont faibles ;
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la situation génère des absences, des restrictions voire des difficultés de production.
Si la situation coche plusieurs cases, elles remontent dans votre grille de priorisation. Retenez que l’objectif n’est pas de tout modifier en même temps, mais de commencer à agir dans les situations où l’action peut réduire l’exposition au risque.
3. Construire un plan d’action de prévention des TMS
Une fois la priorisation faite, différentes pistes de solutions sont possibles.
Améliorer le poste et l’environnement de travail
L’ergonomie au travail est l’un des facteurs extrinsèques le plus connus. Qu’il s’agisse d’ajuster la hauteur des bureaux ou d’améliorer la circulation dans l’espace, l’aménagement du poste peut prendre différentes formes.
Voici quelques exemples de prévention des TMS au travail en matière d’aménagement :
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arrêter de stocker des cartons en hauteur dans une plateforme logistique pour éviter des positions hautes d’objets lourds ;
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maintenir en état les chariots et les sols pour permettre le déplacement des équipes en toute sécurité avec leur équipement ;
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fournir les accessoires adaptés pour garantir une posture assise confortable et variée ;
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créer des espaces modulables pour offrir la possibilité aux travailleurs de bouger.
L’ergonomie au travail prend différentes dimensions qui doivent répondre à ce qui a été analysé au départ.
Agir sur l’organisation du travail
Pour protéger la santé des équipes salariées, la structuration de l’entreprise est un pilier important des actions de prévention des TMS. Par organisation du travail, on entend la définition des tâches, leur attribution précise, la manière dont elles sont planifiées et les moyens pour les concrétiser. Celle-ci impacte la croissance d’une entreprise, son image et donc sa pérennité.
Prenons un exemple précis avec la communication interne. Si aucune structure n’existe et que beaucoup d’équipes travaillent ensemble, il y a vite un risque de décalage. Entre ceux qui veulent suivre toutes les étapes du projet, les autres qui veulent juste un point intermédiaire, ceux qui communiquent par mail ou par messagerie instantanée et ceux qui ne communiquent pas, ça peut vite devenir un enfer pour l’agent qui doit travailler en transversalité avec toutes ces personnes.
Or, cette manière de s’organiser va directement influencer le résultat et la réussite ou l’échec du projet. L’enjeu pour l’entreprise est de concilier la performance des équipes et des chiffres. Celui des collaborateurs est de concilier vie professionnelle et vie personnelle.
Alors, il est temps de réfléchir aux mesures à évaluer et faire évoluer, comme :
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la répartition des tâches ;
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l’organisation des plannings des équipes ;
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la gestion des rythmes de travail ;
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le degré de marges de manœuvre ;
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la variation des activités ;
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l’anticipation des périodes de forte charge ;
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l’organisation globale des équipes, au-delà du planning.
Former et sensibiliser les salariés
C’est l’une de nos solutions à La Minute Pep’s : rendre les salariés acteurs de leur santé. L’enjeu est de leur donner les moyens d’identifier les situations à risque, pour signaler leurs difficultés et participer à la recherche de solutions.
Voilà pourquoi l’importance de former les équipes aux troubles musculo-squelettiques est réelle. D’une affiche pour donner envie de bouger au travail à des solutions PEP’S sur mesure, vos salariés peuvent apprendre comment varier les gestes et changer pas à pas leurs habitudes.
Autre bonne pratique : vous pouvez envisager des transmissions en interne, d’anciens salariés aux nouveaux. Ces espaces de paroles et d’échanges sont un bon moyen de partager des connaissances et d’augmenter l’expertise collective en matière de prévention des TMS.
Recourir à l’innovation
Certaines entreprises utilisent des exosquelettes ou autres dispositifs innovants pour corriger en temps réel les postures des salariés.
Toutefois, il faut savoir que ces exosquelettes ont leurs limites¹ comme le démontrent des études réalisées. Et au sein de l’équipe de la Minute PEP’S, on croit surtout aux bienfaits des mouvements du corps.
Ajouter du mouvement
Le mouvement n’est pas l’unique réponse, mais il constitue un vrai facteur de prévention. Certaines entreprises utilisent la gamification et encouragent les salariés à adopter de nouveaux gestes grâce au jeu, à l’image des pauses actives au travail.
C’est le cas des équipes qui mettent en place les snacks d’exercices. Leur but est de réaliser 3 courtes séances dans la journée, pour monter 50 à 60 marches de façon dynamique.
Ce type de pauses sportives procure davantage de plaisir aux salariés que des entraînements plus intenses, comme le HIIT. Leurs effets réduisent même les comportements sédentaires pour les personnes qui les pratiquent, en réduisant leur temps passé assis, par exemple.
Le mouvement est donc un bon levier complémentaire.
4. Une bonne action de prévention est collective
Retenez qu’un plan d’action n’est efficace que s’il repose sur une analyse préalable. Les solutions proposées doivent répondre à un besoin reconnu par vos équipes.
Une bonne action de prévention ne se décide pas seul dans un bureau.
Faire participer les salariés
L’employeur porte la démarche, mais il ne la construit pas seul.
Les acteurs concernés par la prévention des troubles musculosquelettiques sont nombreux. Il y a bien sûr l’employeur pour qui la prévention des TMS fait partie des obligations légales.
Avec lui, les managers, salariés et représentants du personnel doivent être impliqués dès le début de la démarche qui s’adresse d’abord à eux. Pour accompagner les équipes, les services de santé au travail ou de prévention des risques sont des personnes-ressources à mobiliser. Certains organismes externes aussi, comme la CARSAT, peuvent intervenir en soutien, tout comme des ergonomes, kinésithérapeutes ou intervenants formés.
Le saviez-vous ? Certaines ACTIONS DE SENSIBILISATION La Minute Pep’s sont prises en charge dans le cadre du dispositif FIPU (sous condition).

Croiser les regards
C’est ainsi que l’équipe peut lancer une analyse des risques. L’enjeu est bien de recueillir les difficultés du terrain puis d’observer les tâches à travers un regard croisé.
Sur cette base, on peut alors envisager de tester une modification et de demander ensuite aux équipes si cela fonctionne, ou pas, afin d’ajuster la démarche.
5. Comment savoir si les actions fonctionnent ?
On parle ici d’évaluer les résultats pour mieux les ajuster ensuite. C’est d’ailleurs valable pour toute action de prévention des TMS en entreprise. Elle ne s’arrête pas au moment où elle est mise en place. Il faut bien vérifier qu’elle répond bien au problème identifié et qu’elle est mise en application au quotidien.
Voici quelques questions pour vous aider à évaluer les résultats lors du travail de groupe :
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Les salariés rencontrent-ils moins de difficultés dans leur activité ?
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La situation de travail a-t-elle changé ?
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L’aménagement du poste de travail mis en place est-il utile ?
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La nouvelle organisation est-elle tenable dans la durée ?
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Les mêmes douleurs ou symptômes sont-ils toujours signalés ?
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L’action a-t-elle créé de nouvelles contraintes ou douleurs musculo-squelettiques ?
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Faut-il ajuster l’action ou tester une autre solution ?
Une évaluation s’appuie à la fois sur les retours des équipes et aussi sur des indicateurs observables. Pour reprendre l’exemple de l’organisation du travail plus haut, on peut mesurer l’engagement des équipes, la circulation des informations, ou encore les relations entre les collègues. Les signalements de douleurs, l’absentéisme, les incidents sont aussi d’autres critères à prendre en compte.
L’intérêt d’évaluer, c’est de faire une comparaison de l’avant et l’après pour vérifier l’effet recherché de l’action menée.
Si l’entreprise modifie un poste pour réduire une posture contraignante, il convient de mesurer si le nouvel équipement installé est adapté et utilisé. C’est là qu’on entre dans une démarche d’amélioration continue : en observant, on agit, puis on mesure et l’on ajuste quand c’est nécessaire.
6. Inscrire la prévention des TMS dans la durée
La prévention des TMS doit aller plus loin qu’une action ponctuelle. Elle peut commencer par une formation en septembre, une affiche dans les locaux ou une journée de sensibilisation lors de la semaine de la QVCT. Ces actions isolées participent à la démarche. Par contre, seules, elles ne permettent pas d’agir sur les situations de travail dans la durée.
Pour être efficace, la prévention évolue avec l’activité de l’entreprise. Tout est systémique et une nouvelle organisation ou un changement de matériel peut modifier les facteurs de risque comme tout autre changement. C’est pour cela que l’on conseille la mise en place d’actions sur la base d’une analyse préalable.
(à noter) La démarche part des situations de travail, s’appuie sur le terrain et se réévalue régulièrement.
Cette logique de mise en œuvre évite un écueil : celui de traiter les TMS uniquement lorsque les douleurs sont déjà là. Les observations réalisées peuvent alors faire mettre en lumière des difficultés avant qu’elles ne deviennent un problème de santé ou qu’elles n’affectent durablement l’activité.
La prévention des TMS trouve ainsi sa place dans le fonctionnement quotidien de l’entreprise : analyse des situations de travail, échanges avec les équipes, adaptation des postes et de l’organisation, sensibilisation, suivi des actions et amélioration continue.
L’objectif n’est donc pas de multiplier les actions, mais de construire une démarche cohérente, adaptée aux réalités du terrain et capable d’évoluer dans le temps.
Conclusion
Épaule, poignet, coude ou genou, aucune partie du corps n’échappe aux troubles musculosquelettiques, peu importe le secteur d’activité. Leurs facteurs de risque sont nombreux et pour aller vers une prévention durable de cette maladie professionnelle, il est important de les identifier. Les nouvelles technologies innovent, mais la prudence reste de mise sur ce matériel.
Prévenir les troubles musculosquelettiques au travail va au-delà des actions ponctuelles (formations, affiches ou pauses actives). Et ce même si pour l’équipe de la minute PEP’S, rien ne vaut un mouvement du corps régulier.
Une démarche de prévention efficace commence par l’analyse des situations de travail et des facteurs de risque. De la charge physique, à l’organisation du travail en passant par les risques psychosociaux, l’enjeu pour les employeurs, c’est d’instaurer un plan d’action adapté aux réalités du terrain.
Chaque action répond à un risque identifié : aménagement du poste, équipement ergonomique, évolution de l’organisation. Et la prévention ne s’arrête pas là. Il faut ensuite évaluer les résultats et mesurer les effets des actions pour pouvoir les ajuster.
Voilà comment une démarche passe d’une prévention ponctuelle à une politique préventive des TMS, au service de la santé et du travail. Si vous souhaitez en discuter, on se tient à votre disposition. Et rappelez-vous « Si vous écoutez votre corps lorsqu’il vous chuchote, vous n’aurez plus à l’entendre crier ».
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Sources
1 Les exosquelettes pour prévenir les troubles musculosquelettiques et rôle des services de santé au travail / THEUREL J.,ATAIN-KOUADIO J.J.,KERANGUEVEN L. / 2021


Anne-Hélène GOUALOU
Conceptrice de La Minute PEP'S et de son réseau de kinésithérapeutes, j'ai à cœur de vous partager notre vision de la prévention des Troubles Musculo-Squelettiques.