Une douleur dans le bas du dos, des fourmillements dans le pied, une sensation de brûlure latérale de la jambe… et si c’était une sciatique ?
Le nerf sciatique prend son origine dans la moelle épinière. Il descend le long de la colonne vertébrale, passe par le bassin et la fesse puis descend le long de la jambe. En cas de trouble au niveau de la colonne vertébrale (arthrose, traumatisme, hernie, etc.), une pression sur le nerf sciatique peut avoir lieu, ce qui engendre des douleurs.
C’est cette affection qu’on appelle sciatique et souvent, elle impressionne. On pense à une hernie discale, à une compression du nerf, ou à un grave problème de colonne vertébrale. La réalité est tout autre, car dans la majorité des cas, la sciatique suit une évolution favorable. Et surtout si le patient adopte les bons réflexes de mouvement et de prise en charge.
Au travail, cette douleur lombaire touche environ un quart des femmes et 15 % des hommes actifs en France. Les métiers avec des postures prolongées, des charges, des contraintes mécaniques ou une activité physique répétée sont très concernés. Mais, une sciatique ne signifie pas forcément arrêt, médicament, chirurgie ou traitement lourd. L’origine peut être discale, mais aussi musculaire, inflammatoire, liée au stress, au sommeil, ou à la mobilité.
Alors, combien de temps dure vraiment une sciatique ? La réponse varie selon la racine nerveuse irritée, l’activité du corps et les facteurs qui aggravent la douleur. Découvrez aussi ce qui se joue entre sciatique et TMS. Oui, parce que toutes les sciatiques ne sont pas des TMS, et tous les TMS ne sont pas des sciatiques 🙃
Sciatique : ce qui se passe dans votre dos, vraiment
La sciatique, de quoi on parle ?
La sciatique désigne une douleur le long du nerf sciatique suite à l’irritation de celui-ci. Ses racines nerveuses partent des vertèbres L4, L5, S1 et S2, dans le bas du dos. Et le nerf sciatique parcourt ensuite toute la jambe (droite ou gauche). La douleur peut donc s’étendre du bas du dos jusqu’au pied du côté concerné en passant par la cuisse et le mollet.
D’ailleurs, en parlant de douleur, deux précisions importantes sont à clarifier :
1. L’étendue de la gêne traduit le degré d’irritation du nerf. Au plus la douleur descend dans la jambe, au plus le nerf est irrité. On parle alors de la périphérisation de la douleur.
2. L’importance de la douleur ne traduit pas l’importance du problème. On peut avoir très mal sans atteinte, ou l’inverse.

La sciatique au travail
Dans le monde professionnel, la prévalence des douleurs sciatiques touche environ 15 % des hommes et 23% des femmes au cours de leur carrière¹. Certains secteurs sont plus touchés que d’autres et diffèrent selon le genre :
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18-64 ans actifs |
Prévalence par secteur d’activité |
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Femmes |
activités immobilières entreposage et transport commerce de réparation automobile hébergement et restauration administrations publiques |
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Hommes |
arts spectacles et activités récréatives agriculture, sylviculture et pêche construction autres activités de service transport et entreposage |
Un lien évident nous saute aux yeux avec les troubles musculo-squelettiques (TMS)… vous l’avez ?
Les postures prolongées et contraignantes des métiers concernés, un des facteurs à l’origine de TMS.
Une sciatique aux causes variées (et pas toujours graves!)
L’inconscient collectif associe souvent une douleur de sciatique à une cause mécanique invalidante, alors que c’est rarement le cas. On pense vite à une affection sérieuse qui va se solder par une IRM et une intervention avec risque neurologique.
Avant de foncer chez un chirurgien, un rhumatologue ou un autre spécialiste, sachez que parfois d’autres causes engendrent la situation. Et bonne nouvelle : elle peut se traiter de manière efficace.
Voici une liste non exhaustive des causes fréquentes que l’on rencontre dans notre réseau PEP’s de kinésithérapeutes :
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les postures et contraintes prolongées, à commencer par la station debout ;
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le manque de sommeil ;
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le stress au travail comme à la maison ;
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le contexte psychosocial ;
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l’organisation du travail ;
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une hernie discale ;
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de l’arthrose ;
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un traumatisme.
💡Toutes n’ont pas le même degré de gravité et certaines sont mécaniques, d’autres non et en lien avec l’hygiène de vie.
Sciatique ou TMS ?
Les TMS désignent des douleurs du corps au niveau musculaire, articulaire, tendineux et nerveux.
On a vu que la sciatique est une compression ou une irritation du nerf sciatique dont les causes sont variées. Cette pathologie radiculaire se traduit par une douleur. Elle peut donc faire partie des TMS à condition d’être causée par une tâche répétitive et/ou contraignante.
Notez quand même que toutes les sciatiques ne sont pas des TMS 😉
La durée d’une sciatique en théorie et en pratique
Une sciatique disparaît toute seule et de manière plus ou moins rapide dans la plupart des cas. Combien de temps elle dure avant de se résorber ?
Combien de temps dure en moyenne une sciatique ?
En moyenne, dans près de 9 cas sur 10, elle peut guérir seule au bout de 6 à 8 semaines² et on parle de sciatique aiguë. Il existe tout de même un risque de sciatique chronique pour environ 5% des patients si la gêne persiste après plusieurs mois.
D’autres sources médicales évoquent un délai de 3 mois pour 90% des sciatiques³.
Retenez donc que pour une grande partie, quelques mois de patience et de soins suffisent.
Pour prévenir sa chronicité et la traiter, certains facteurs aident à sa guérison comme… l’activité physique. Tout ce qu’on aime ici 😊
La sciatique est donc le plus souvent transitoire, mais elle demande un suivi médical et nécessite une prise en charge adaptée.
L’évolution d’une douleur de sciatique
Avant de foncer sur les médicaments pour calmer la douleur et de prendre rdv pour un examen, voyons comment cette dernière évolue.
La sciatique se traduit la plupart du temps par un pic douloureux. Si parfois la douleur est impressionnante, sa forme peut être transitoire. Ensuite, la douleur diminue de manière progressive au fil des semaines.
Parfois, un résidu douloureux prend place. Il se caractérise par une gêne faible, mais il ne s’agit pas forcément d’une aggravation de l’état du nerf. Enfin, la récupération partielle ou complète s’installe.
Chaque personne souffrant de sciatique est unique, mais cette évolution de la douleur montre qu’une sciatique n’est pas forcément grave. Retenez que l’amélioration est même très fréquente 👌🏻
Sciatique et arrêt de travail : combien de temps de repos ?
Tout dépend du métier des travailleurs concernés 🙃
Pour l’Assurance maladie, un travailleur au métier sédentaire s’arrête en moyenne 1 à 2 jours. Par contre, la durée d’un arrêt de travail pour sciatique peut grimper à 8 semaines pour des métiers très physiques, de manutention ou avec port de charges lourdes.
Dans le cas où le diagnostic montre un nerf abîmé, le repos sera plus long. La période pour récupérer peut aller jusqu’à 2 à 3 mois. Là encore, chaque cas est unique et il est difficile de donner un chiffre exact.
3 fausses idées qu’on entend souvent sur la sciatique
Les équipes de kinésithérapie rencontrent de nombreuses personnes venues pour soulager leur sciatique. Voici le top 3 des croyances qu’on voulait vous partager :
Croyance n°1 : Il faut marcher pour aller mieux
En général, oui, mais pas toujours !
Dans certains cas, marcher peut même aggraver les symptômes. Pour cette minorité, la douleur s’améliore en marchant moins et en bougeant différemment.
Mais pour au moins 80% des cas, marcher améliore tout de même les symptômes.
En bref, on bouge de manière adaptée. On conseille donc de se faire prescrire par le médecin une prise en charge en kinésithérapie qui pourra être personnalisée 😊
Croyance n°2 : Courir est mauvais pour le dos et la sciatique
Contre toute attente, la course peut avoir parfois des effets bénéfiques 👀
Oui, face à certains patients, on constate que les symptômes diminuent en courant. Si ces derniers diminuent dans la jambe pendant la course, c’est pour nous un signe positif.
Dans ces cas-là, on préconise même aux personnes concernées de continuer de s’améliorer avec la course. Toutefois, elles doivent être prises en charge par un professionnel qui mettra en place un programme de reprise de course adapté en fonction des symptômes.
Croyance n°3 : Il faut se reposer quand on a une sciatique
Oui et non.
En fait, ce qui nous intéresse ici, c’est le repos partiel.
La limitation temporaire de certaines activités est de mise si ces dernières sont ressenties comme aggravantes. À l’inverse, si certaines activités sont ressenties de manière positive, on les maintient, voire on les augmente, et toujours avec progressivité.
D’ailleurs, le saviez-vous ? Votre canapé, si attirant soit il est aussi une fausse bonne idée. La position assise, les pieds sur la table basse est parfaite pour provoquer une irritation du nerf sciatique… donc on se limite au quotidien 😉
Repérer les symptômes d’une sciatique
Il existe autant de symptômes que de type de sciatique. À partir de quand ça démarre ? Et quand est-ce qu’il faut consulter ?
Des signes typiques qui ne trompent pas
Parfois les symptômes ne concernent que la racine nerveuse touchée. Mais, dans la plupart des cas, on parle souvent de douleur irradiée, qui peut aller de la colonne vertébrale lombaire vers la jambe sous forme de :
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fourmillements ;
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picotements ;
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engourdissement ;
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faiblesse musculaire du membre inférieur touché.
Ces signaux sont, le plus souvent, plus intenses lorsqu’on est assis ou debout. Et a contrario, la marche ou la chaleur diminue progressivement la sensation. À cela s’ajoute la douleur psychique ou le désespoir ressenti par les personnes atteintes, car ces troubles sont particulièrement invalidants.
Les premiers signes déclencheurs fréquents
Le signe le plus fréquent est une sensation douloureuse, plus ou moins forte, au niveau du dos qui irradie dans la fesse et parfois le long de la jambe, face postérieure.
Il peut s’agir d’une raideur ou d’une douleur survenue après une flexion ou une station debout prolongée, par exemple.
Quand faut-il consulter pour une sciatique ?
En revanche, certains signaux plus sévères imposent une consultation médicale rapide pour savoir si une hospitalisation est nécessaire. Ceux à surveiller sont :
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une difficulté à marcher ;
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des troubles vésico-sphinctériens, c’est-à-dire une incontinence urinaire ou fécale avec une perte de sensibilité (anesthésie en selle).
Dans ce dernier cas, il est primordial de consulter un médecin sans attendre pour se faire aider et soigner. Le problème indique une radiculopathie par compression et/ou étirement du nerf sciatique. Ce dernier est un nerf sensitivo-moteur et son atteinte développera des troubles sensitifs et/ou moteurs.
Le rôle des mouvements et des contraintes au travail dans la sciatique
Les facteurs déclencheurs classiques
Outre la sédentarité au travail, les causes les plus courantes incluent :
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-l’exposition au port de charges lourdes ;
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les flexions répétées, à l’image d’un fromager qui se penche en vitrine ;
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les rotations du tronc.
Ces contraintes augmentent la pression sur les disques intervertébraux de la région lombaire, ce qui peut contribuer à l’irritation progressive du nerf sciatique par compression et/ou étirement.
Pourquoi le travail debout peut déclencher une sciatique ?
La sciatique est donc liée au cumul de contraintes professionnelles : mouvements répétitifs, postures prolongées, gestes forcés. Ces situations créent un stress mécanique qui irrite le nerf sciatique ou les structures autour (articulations, muscles, disques intervertébraux).
Au travail, l’enchaînement de microcontraintes finit par sensibiliser la zone lombaire et les membres inférieurs. La douleur n’est pas toujours liée à un événement brutal. Elle se propage depuis un terrain sur-sollicité, suite à une récupération insuffisante ou une posture maintenue trop longtemps.
Au plus on prend conscience de cette interaction entre mouvements, contraintes mécaniques et environnement de travail, au plus on peut agir tôt !
Traitements : que fait-on pour soulager une sciatique ?
Les bons réflexes pour soulager une douleur
Contrairement à la croyance vue plus haut dans cet article : le repos strict n’aide pas. Dans de rares cas aigus et intenses, il peut y avoir besoin de passer 24 à 48h alité sous antalgique, mais ça reste rare et à limiter au maximum, car il est peu probable que ce soit la solution première. On préfère le mouvement doux qui reste bénéfique.
Pour aider à soulager la douleur, l’application de chaud semble efficace.
En plus, adopter des positions dites antalgiques (comme les genoux fléchis, ou la position en chien de fusil pour se reposer) aide à réduire la gêne.
Enfin, venir mobiliser doucement la zone lombaire est également intéressant pour détendre le rachis.
Des traitements conservateurs et progressifs
Les plus classiques sont les médicaments comme le paracétamol ou les anti-inflammatoires qui aident au départ.
La kinésithérapie est ensuite recommandée, mais pas en phase aiguë. Elle consistera à faire des exercices de mobilité, de renforcement progressif et de travail postural.
L’objectif est clair : restaurer la mobilité et non pas s’immobiliser.
Quand faut-il envisager la chirurgie ?
La chirurgie concerne une minorité de cas comme les personnes atteintes de déficit moteur ou d’atteinte neurologique sévère.
À ce sujet, une revue d’études montre que la chirurgie offre un soulagement plus rapide des douleurs à court terme, mais faible. Tandis qu’à long terme, aucune différence est constatée entre chirurgie et traitement à base d’activité physique… d’où l’importance d’un traitement progressif bien conduit⁴.
Éviter les sciatiques grâce à la prévention des TMS
Mieux vaut prévenir que guérir !
La prévention sert à limiter les risques et récidives. Elle repose sur une meilleure gestion des postures, une adaptation de l’environnement de travail et une éducation au mouvement.
L’idée n’est pas de supprimer l’effort, mais de mieux répartir les contraintes pour protéger son dos plus longtemps.
La prévention individuelle : bouger, mais autrement
Voici 4 actions pour prévenir la sciatique :
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Varier ses postures au cours de la journée ;
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marcher régulièrement ;
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maintenir une mobilité lombaire ;
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renforcer les muscles du tronc.
Ces habitudes sont simples et redoutablement efficaces dans le temps 💪🏻
La prévention en entreprise pour modifier l’environnement de travail
Du côté des entreprises, on peut envisager une prévention ergonomique des TMS pour améliorer les postes de travail.
C’est l’occasion de voir comment alterner les positions assises – debout, les hauteurs des postes et d’instaurer une rotation des tâches pour réduire la charge sur le dos.
Conclusion
La sciatique est une douleur qui impressionne par son intensité, mais son évolution naturelle est rassurante. Pic, amélioration progressive et récupération partielle ou complète se profilent dans la majorité des cas. La solution n’est pas toujours chirurgicale ! Il faut garder en tête que la douleur n’est pas toujours synonyme de gravité.
Un nerf irrité comme le nerf sciatique peut se soigner lorsque l’on agit sur les bons paramètres. Mouvement, environnement de travail, sommeil, stress et soutien médical quand nécessaire… la sciatique se soigne très souvent par le mouvement.
Agir tôt, bouger autrement, adapter son poste, varier ses postures, renforcer progressivement son tronc… Ces actions simples, mises bout à bout, changent la trajectoire de la douleur. Protéger son dos est une stratégie payante sur le long terme et accessible à tous… Alors, commencez dès maintenant.
Sources
¹ Prévalence des troubles musculosquelettiques en France, dans la population générale et dans la population des actifs occupés selon la catégorie socioprofessionnelle et le secteur d’activité – Santé Publique France, mars 2024.
² Hôpital de la Tour – Dr Antonio Foundez
³ Unité de pathologies rachidiennes 31 (Toulouse)
⁴Surgery or physical activity in the management of sciatica: a systematic review and meta-analysis / Matthew Fernandez et al / juillet 2015


Anne-Hélène GOUALOU
Conceptrice de La Minute PEP'S et de son réseau de kinésithérapeutes, j'ai à cœur de vous partager notre vision de la prévention des Troubles Musculo-Squelettiques.