Depuis des années, les entreprises, peu importe le secteur, investissent en aménagements ergonomiques, équipements et formations gestes et postures. Malgré leurs plans d’action ambitieux, les chiffres continuent d’augmenter. Et les TMS restent la 1ère maladie professionnelle.
Alors, la démarche de prévention des risques professionnels est-elle efficace ou incomplète ?
Le Code du travail et les outils existent, comme le DUERP. Mais en pratique, les douleurs persistent et les TMS progressent autant que les équipes s’épuisent. Tous les indicateurs nous invitent à changer de registre.
Depuis longtemps, on tente de concilier le travail à l’Homme. On améliore l’ergonomie et la vie au travail, on réduit les charges, on optimise les postes. Mais en matière de prévention des risques professionnels, réduire la contrainte externe ne suffit plus. On intègre maintenant dans le modèle préventif la manière dont l’Homme va s’adapter au travail, pour une politique de prévention plus efficace.
Prêt à définir un nouveau plan d’action ? On vous dit tout ici 👇🏻
La démarche de prévention : une obligation pour l’employeur
Prévenir les risques professionnels est une démarche encadrée par le Code du travail. Cette prévention, obligatoire en entreprise, comprend l’ensemble des dispositions mises en place pour :
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préserver la santé et la sécurité des travailleurs ;
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améliorer la qualité de vie et les conditions de travail (QVCT).
En somme, tout ce qui tend vers le bien-être au travail en fait partie. 9 principes en découlent dans l’article L. 4121-2 :
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L’évitement des risques ;
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L’évaluation des risques quand ils ne peuvent être évités, via le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) ;
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Le combat des risques depuis leur source ;
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L’adaptation du travail à l’homme, au niveau de l’ergonomie des postes de travail, du choix des équipements, des process de production, etc. ;
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La prise en compte des évolutions techniques ;
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Le remplacement de ce qui est dangereux par ce qui ne l’est pas, ou moins ;
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La planification d’une prévention cohérente incluant la technique, l’organisation et les conditions de travail, etc. ;
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La mise en œuvre de mesures de protection collective, en priorité sur les mesures de protection individuelle ;
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La diffusion d’instructions claires aux acteurs concernés.
Les 5 étapes d’une démarche de prévention
La circulaire du 18 avril 2002 porte sur la mise en place des DUERP. Elle explicite les 5 grandes étapes pour enclencher une démarche professionnelle de prévention des risques.
Étape 1 : préparer la démarche de prévention
La démarche débute par une phase de préparation structurée. L’employeur y définit ses objectifs, les moyens dont il dispose et les responsabilités. Il s’appuie aussi sur les principes généraux de prévention pour prévenir des dangers selon 3 modalités d’action :
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de prévention des risques professionnels ;
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d’information ;
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de formation.
Cette étape mobilise les acteurs internes au site (acteurs du CHSCT, représentants personnels, médecin du travail, salariés, etc.) et externes (caisses régionales d’assurance maladie, MSA, organisme professionnel de prévention, agence nationale, etc.). L’employeur peut aussi contacter des experts techniques et des cabinets privés, susceptibles d’intervenir sur la prévention.
Étape 2 : évaluer les risques professionnels
C’est le socle du dispositif. Cette étape doit être à la fois globale, exhaustive et actualisée lors de toute modification technique ou organisationnelle.
L’analyse du travail réel est essentielle : elle identifie les contraintes, les expositions et les marges de manœuvre. Cela permet aux travailleurs d’inscrire cette évaluation dans une réalité opérationnelle.
Étape 3 : élaborer un programme d’actions
À partir des résultats, l’entreprise construit un programme d’actions hiérarchisé.
Les mesures choisies respectent les principes généraux de prévention. Dans cet ensemble qui doit être cohérent se trouve à la fois des éléments techniques, organisationnels et humains. L’enjeu est la gestion de l’interaction de ces éléments, au regard des situations de travail.
Étape 4 : planifier les actions de prévention
C’est l’étape de la mise en œuvre opérationnelle. Elle mobilise des moyens adaptés comme les formations, consignes, aménagements techniques ou transformations organisationnelles. Ce programme a pour perspective de devenir un outil de pilotage et de suivi.
Cette phase traduit les décisions stratégiques en actions concrètes pour améliorer de manière durable les conditions de travail en entreprise.
Étape 5 : améliorer le projet en continu
L’objectif est de mettre en place des actions correctrices dès que c’est nécessaire. Sauf que toute action de prévention peut générer de nouvelles situations de travail et donc de nouveaux risques. Alors, une réévaluation régulière s’impose pour ajuster la stratégie préventive.
Ce processus d’amélioration continue place l’évaluation des risques dans une dynamique entre protection de la santé et efficacité de l’organisation.
Pourquoi les démarches classiques ont leurs limites ?
Les démarches de prévention classique ont leur limite, parce que les chiffres ne mentent pas 👀
Des chiffres qui interrogent
Santé Publique France rappelle qu’en 2021, 3 femmes sur 6 et 1 homme sur 2 déclaraient des douleurs liées aux troubles musculo-squelettiques¹. Et ces TMS représentent la 1ère maladie professionnelle en France, soit 11 millions de journées de travail perdues en 1 année (source INRS).
Et le phénomène va en augmentant, si l’on se réfère à la courbe du tableau 57 des maladies professionnelles.

Ça ressemble à une traduction chiffrée des limites des approches préventives actuelles 😉
Adapter le travail à l’Homme : nécessaire, mais insuffisant
Depuis de nombreuses années, les méthodes de prévention en entreprise consistaient surtout à adapter le travail à l’Homme. Par là, on entend le recours à des investissements matériels pour agir sur l’environnement, surtout. Ce type d’aide propose par exemple de changer l’ergonomie des postes des agents, selon des normes et des mises en conformité.
💡 Chez un agent en charge de la manutention, ça se traduit par des actions sur la contrainte externe comme :
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installer des lève-charge ;
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réduire le poids des cartons ;
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ajuster la hauteur des palettes ;
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réorganiser les flux pour limiter les torsions.
Pour un agent d’accueil ou pour les personnes au travail de bureau, on retrouve des actions comme :
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ajuster l’écran à la hauteur des yeux ;
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investir dans un fauteuil ergonomique ;
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utiliser des claviers adaptés ;
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prendre un repose-pieds.
En bref, on optimise les postes, mais ça n’empêche pas les douleurs de persister.
C’est d’ailleurs de là que sont nés la posture idéale et le geste parfait qui, rappelons-le, n’existent pas.
Des formations gestes et postures pas toujours efficaces
Sauf que certaines des formations (un peu datées) sur les « gestes et postures » reposent encore sur une approche biomécanique simplifiée. Elles partagent l’idée qu’il existerait un bon geste et qu’une posture correcte éviterait les TMS. Ça serait trop facile 😅
Ce type d’approche, bien qu’intéressante, oublie certains fondamentaux :
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la variabilité humaine, car chacun a sa propre condition physique, ses croyances et son histoire ;
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les comportements, car un poste réglable n’est pas forcément bien réglé ;
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la charge réelle, car elle est parfois sous-estimée et ne prend pas en compte les délais contraints, ou les aléas comme les sous-effectifs… ;
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la sédentarité, car un poste même bien réglé peut induire 8 heures en position assise et 1h de trajet pour le salarié ;
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la peur du mouvement liée aux anciens discours, comme le fameux « Tiens ton dos droit » source de tensions inutiles.
Problème : ce type de réflexion conduit à corriger des mouvements pour atteindre une posture idéale. Or, les connaissances actuelles en la matière invitent plutôt à nuancer ce discours. Une étude de 2021 montre, par exemple, que les facteurs les plus associés aux douleurs ne sont pas une posture isolée, mais :
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la répétition ;
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le manque de variété au niveau gestuel ;
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la charge cumulée ;
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le manque d’activité physique².
Le problème, ça n’est donc pas la position en elle-même, mais son maintien prolongé. Il n’existe pas de façon correcte et unique de bouger.
Une démarche de prévention des risques professionnels moderne
Assurer des formations basées sur l’actualité scientifique
La douleur musculo-squelettique s’explique par un ensemble de facteurs biologiques, mécaniques et contextuels propres à chaque individu. Aujourd’hui, la littérature scientifique souligne la solidité des structures et le rôle protecteur du mouvement varié, à condition qu’il soit progressif pour respecter le stress mécanique.
Une bonne formation de prévention, utile et efficace, ne va pas corriger les gestes. Au menu, elle proposera de :
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réduire l’exposition aux contraintes excessives ;
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encourager la culture du mouvement ;
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favoriser les pauses actives ;
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développer ses capacités physiques ;
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rendre le travail soutenable dans la durée.
C’est l’immobilité et le manque de mouvement qu’on veut éviter 💪🏻
Maintenir l’adaptation du travail
Pour autant, l’adaptation du travail à l’Homme reste l’un des enjeux de toute bonne démarche de prévention des risques professionnels.
La première étape consiste à analyser le travail réel par un état des lieux exhaustif. Procédures, fiches de poste, mais aussi retour de terrain des salariés sont nécessaires, pour aller plus loin que la théorie.
Ce diagnostic se compose aussi des imprévus, ajustements, contraintes de délai, aléas techniques ou humains. L’idée, c’est d’observer, d’écouter les agents pour bien comprendre l’activité réelle et identifier les vraies contraintes, ainsi que les marges de manœuvre disponibles.
Ensuite, on a la conception des postes de travail qui reste une donnée importante de l’équation. Entre la hauteur des plans de travail, l’accessibilité des outils, ou la réduction des ports de charge, ces choix techniques influencent l’exposition du collaborateur.
Et le fait d’intégrer l’ergonomie dès le début permet de combattre les risques à la source, comme indiqué dans la loi 😉
À cela, l’organisation du travail s’ajoute. Les cadences, les objectifs de production, la répartition des tâches et la gestion des effectifs vont conditionner la charge réelle supportée par les agents. Une organisation bancale peut ruiner les bénéfices d’un poste bien pensé.
Enfin, la variété des tâches représente un thème à part entière de la prévention. La répétition d’un geste ou le maintien prolongé d’une posture augmentent la fatigue des tissus. Pour mieux cerner cette conséquence, la mise en place de rotation de postes, d’une alternance des sollicitations et de variation des positions va limiter les surcharges.
Adapter le travail, c’est donc agir sur l’analyse de l’activité réelle, les situations de travail, l’organisation et la diversification des tâches. Sur cette base vient s’appuyer une deuxième stratégie qui vise à développer les capacités d’adaptation des individus.
… Et adapter l’Homme au travail
La démarche préventive de La Minute Pep’s utilise une double approche :
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L’adaptation de l’environnement de travail à l’Homme ;
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L’adaptation de l’Homme au travail.
C’est l’association des deux qui donne une stratégie gagnante.
Il faut agir aussi sur le développement des capacités humaines. L’enjeu n’est pas de transférer la responsabilité sur le salarié, mais de renforcer ses ressources pour faire face aux contraintes réelles de son activité 💪🏻
On parle ici de formation à la compréhension du corps. Mieux connaître son fonctionnement musculaire, la logique d’adaptation et les mécanismes de la douleur permet d’accompagner le corps au travail sans le croire trop fragile. On n’oublie pas la douleur, mais on l’explique. L’intensité de celle-ci n’est pas corrélée à sa gravité et avec un mouvement progressif, on peut trouver une solution.
On vient encourager le mouvement, les changements de position, les micro-mobilisations et surtout l’alternance des sollicitations. Le corps est conçu pour bouger 🤸🏻
Si l’on reprend l’exemple de l’agent en manutention, la seconde approche va l’accompagner à savoir dépister son risque TMS et connaître les mouvements préventifs efficaces pour lui. Ça se traduit notamment par des actions comme :
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former à la météo du jour et l’auto check-up La Minute Pep’s ;
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former à comprendre que le dos est robuste ;
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dédramatiser la flexion lombaire ;
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travailler des mouvements préventifs efficaces ;
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développer la force et l’endurance ;
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savoir équilibrer les contraintes ;
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expliquer la différence entre douleur et lésion ;
Et pour nos travailleurs assis au bureau, on vient :
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savoir écouter son corps ;
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encourager le mouvement varié ;
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autoriser différentes postures ;
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expliquer qu’il n’existe pas une posture parfaite ;
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mettre en place des mouvements préventifs ;
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en finir avec la peur de mal se tenir.
Voilà comment changer la relation au corps et au mouvement.
| Adapter le travail à l’Homme | Adapter l’Homme au travail |
| Réduire la contrainte | Augmenter la capacité |
| Modifier l’environnement | Développer les ressources internes |
| Logique technique | Logique éducative et physiologique |
| Protection | Adaptabilité |
Les mesures de prévention efficaces recherchent l’intégration de dimensions plus larges en matière de santé au travail : organisation, durée d’exposition, marges de manœuvre, récupération, condition physique et contraintes répétées.
Conclusion
La démarche de prévention des risques professionnels est une obligation légale qui va plus loin que la mise à jour annuelle du DUERP. Il faut identifier les risques et recenser les dangers pour élaborer ensuite un plan d’action, dans le respect des exigences réglementaires. Mais il manque une chose pour prévenir les accidents du travail et protéger la santé physique et mentale.
Les chiffres des TMS nous rappellent que la prévention doit reposer sur une double approche pratique.
D’un côté, mettre le travail au service de l’Homme : analyser le travail réel, agir sur l’organisation, réduire les facteurs de risque. De l’autre, former l’Homme au travail : sensibilisation, information, les moyens sont mis pour développer les capacités physiques et encourager le mouvement. On préfère responsabiliser plutôt que culpabiliser.
La « bonne » démarche de prévention des risques professionnels est une démarche continue. Elle évolue en même temps que l’entreprise et implique toutes les sphères de celle-ci. C’est une stratégie pour créer un environnement qui priorise la sécurité et la santé au travail de manière durable.
Et rappelez-vous « Si vous écoutez votre corps lorsqu’il vous chuchote, vous n’aurez plus à l’entendre crier » (proverbe tibétain)
Sources


Anne-Hélène GOUALOU
Conceptrice de La Minute PEP'S et de son réseau de kinésithérapeutes, j'ai à cœur de vous partager notre vision de la prévention des Troubles Musculo-Squelettiques.